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Do ré mi fa lapin : quand les grands maîtres de la musique tombaient sous le charme des longues oreilles

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Do ré mi fa lapin : quand les grands maîtres de la musique tombaient sous le charme des longues oreilles

Il existe des vérités musicales universelles : Mozart était un génie, Beethoven était sourd, et les lapins ont inspiré bien plus de compositeurs qu'on ne l'imagine. Cette dernière affirmation vous surprend ? C'est parfaitement normal. L'histoire officielle de la musique classique a tendance à oublier les détails les plus savoureux — ceux qui impliquent des pelages doux, des moustaches frémissantes et des oreilles capables de capter des fréquences que nos pauvres tympans humains ne perçoivent même pas.

Bienvenue sur Planète Lapin, où nous prenons la musicologie très au sérieux. Enfin, presque.

Jean-Philippe Rameau et son clavecin à poils

Commençons par un monument de la musique baroque française : Jean-Philippe Rameau. Ce Dijonnais de génie, célèbre pour ses pièces pour clavecin et ses opéras-ballets flamboyants, avait une affection particulière pour la nature et ses créatures. Dans ses Pièces de clavecin publiées en 1724, on trouve une miniature intitulée « La Poule » — preuve que les animaux lui inspiraient volontiers quelques traits de plume.

Mais c'est dans les coulisses de l'Opéra de Paris que la légende lapine de Rameau prend tout son sens. Selon des témoignages d'époque (légèrement romancés, il faut bien l'admettre), le compositeur aurait gardé un lapin blanc dans son appartement parisien, prétendant que l'animal « écoutait la musique avec une attention que n'avaient pas toujours ses chanteurs ». On ne saurait lui donner tort.

Prokofiev et Pierre le lapin de Beatrix Potter

Passons à un rapprochement culturel que l'histoire officielle n'a jamais osé faire : Serge Prokofiev compose Pierre et le Loup en 1936, conte musical pour enfants où chaque personnage est représenté par un instrument. L'année suivante, en 1937, Beatrix Potter — créatrice du célèbre Jeannot Lapin — supervise elle-même une adaptation animée de ses œuvres.

Le hasard ? Peu probable sur Planète Lapin.

Dans Pierre et le Loup, le canard est représenté par le hautbois, le chat par la clarinette, et le loup par les cors. Mais remarquez l'absence criante du lapin dans cette distribution. Une omission volontaire ? Un hommage en creux ? Certains musicologues — les plus audacieux, ceux qui fréquentent les meilleures terriers — soutiennent que Prokofiev, intimidé par la puissance symbolique du lapin, aurait délibérément évité de lui attribuer un instrument, craignant qu'il ne vole la vedette à tout le reste de l'orchestre. Le basson n'aurait pas suffi.

Édouard Lalo et la complainte des garennes normandes

Moins connu du grand public, Édouard Lalo — compositeur français du XIXe siècle, auteur de la Symphonie espagnole — passait ses étés en Normandie. Les garennes environnantes étaient, paraît-il, sa source d'inspiration favorite pour ses promenades matinales.

Dans sa correspondance privée, Lalo écrit à son ami Pablo de Sarasate : « Je suis allé marcher ce matin dans les champs. Les lapins détalaient devant moi avec une grâce rythmique que je n'ai jamais observée chez aucun danseur de l'Opéra. Il y a là un motif, je le sens. » Malheureusement, le motif en question ne figura jamais dans aucune partition connue. Peut-être dors-t-il encore dans quelque archive poussiéreuse, attendant d'être découvert par un musicologue suffisamment curieux — ou suffisamment amateur de lapins.

Erik Satie et les gymnopédies pour lapin mélancolique

Il serait criminel de parler de musique française sans évoquer Erik Satie, ce génie excentrique qui vivait à Arcueil et collectionnait les parapluies. Satie, connu pour ses Gymnopédies et ses Gnossiennes, avait un sens de l'humour musical absolument dévastateur.

Dans ses écrits — souvent plus drôles que ses partitions, ce qui n'est pas peu dire — Satie compare à plusieurs reprises les mélomanes parisiens à des « lapins effarouchés qui fuient au premier accord de dissonance ». Pour lui, l'oreille du lapin représentait l'idéal acoustique : sensible, précise, dépourvue de préjugés esthétiques. « Le lapin n'a pas d'avis sur Wagner, écrit-il. C'est pour cela qu'il entend mieux que nous. »

On pourrait difficilement mieux dire.

Le ballet et la grande tradition du lapin danseur

La musique de ballet a toujours entretenu une relation privilégiée avec le monde animal. Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, L'Oiseau de feu de Stravinsky... mais qu'en est-il du lapin ?

En 1970, le compositeur britannique Benjamin Britten — déjà auteur du Guide de l'orchestre à l'usage des jeunes personnes — aurait esquissé un projet de ballet intitulé The Warren Suite, inspiré des terriers du Suffolk où il résidait. Le projet ne vit jamais le jour, mais les esquisses retrouvées dans ses archives montrent des indications de tempo absolument fascinantes : allegro coniglio (rapide comme un lapin), pianissimo peloso (doux comme un poil). La musicologie a encore de beaux jours devant elle.

Et aujourd'hui ? Le lapin dans la musique contemporaine

Le XXIe siècle n'est pas en reste. Dans le domaine de la musique électronique, plusieurs artistes français ont rendu hommage à notre animal fétiche. Le collectif parisien Oreilles Dressées — dont le nom parle de lui-même — produit depuis 2015 des compositions ambient inspirées des fréquences perçues par les lapins domestiques. Leur principe : enregistrer des sons inaudibles pour l'oreille humaine, les transposer dans notre registre, et observer ce que les lapins « entendent » vraiment.

Le résultat est, paraît-il, hypnotisant. Et légèrement troublant.

Du côté des chansons pour enfants, le lapin a depuis longtemps colonisé les comptines françaises. Il court, il court, le furet met en scène une chasse au furet dans un terrier — le lapin, propriétaire légitime des lieux, reste absent mais omniprésent. Mon petit lapin a bien du chagrin est une œuvre musicale d'une profondeur émotionnelle insoupçonnée : en quatre lignes, elle aborde la solitude, l'exil, la quête identitaire. Proust en aurait fait trois tomes.

Coda : ce que les lapins entendent que nous n'entendrons jamais

Au fond, peut-être que la fascination des compositeurs pour le lapin tient à cela : une jalousie secrète. Ces petites bêtes aux pavillons auditifs démesurés perçoivent le monde sonore avec une finesse qui dépasse de loin nos capacités humaines. Elles captent des harmoniques, des infra-sons, des murmures de la nature que nos symphonies les plus élaborées ne font qu'effleurer.

Les grands maîtres l'ont compris, à leur manière. Rameau avec son clavecin, Satie avec son ironie, Prokofiev avec son silence éloquent : tous ont reconnu, consciemment ou non, que le lapin est le meilleur auditeur qui soit.

Alors la prochaine fois que votre lapin semble indifférent à la sonate que vous lui jouez au violon, ne vous vexez pas. Il écoute. Il analyse. Et il a probablement un avis bien plus nuancé que votre professeur de conservatoire.

Sur Planète Lapin, nous recommandons de jouer du Rameau à votre lapin au moins trois fois par semaine. Les résultats ne sont pas garantis, mais l'ambiance dans le salon s'en trouve considérablement améliorée.

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