Chocolat en mars ou peluche en décembre : qui gagne vraiment la guerre des lapins festifs ?
Il existe, en France, une guerre silencieuse. Elle ne fait pas la une des journaux, elle ne mobilise pas de généraux en képi, mais elle se joue chaque année dans les vitrines des confiseries et sur les étals des marchés de Noël. D'un côté, le Lapin de Pâques, bronzé par ses origines printanières, fier de ses oreilles en chocolat noir ou au lait. De l'autre, le Lapin de Noël, emmitouflé dans sa veste rouge bordée de fourrure blanche, concurrent inattendu du Père Noël himself. Deux lapins. Deux saisons. Un seul trône.
Bienvenue dans l'arène, mesdames et messieurs.
Le Lapin de Pâques : un ancêtre aux origines mystérieuses
Commençons par l'aîné, le vénérable, le classique : le Lapin de Pâques. En France, il est indissociable de la tradition des cloches qui, selon la légende catholique, s'envolent vers Rome le Vendredi saint pour revenir chargées de friandises le dimanche de Pâques. Mais alors, le lapin là-dedans ?
Eh bien, il faut remonter aux influences germaniques et alsaciennes pour comprendre comment ce rongeur a réussi à s'imposer dans le paysage festif hexagonal. L'Osterhase — le lièvre de Pâques en allemand — est attesté dans les textes dès le XVIIe siècle. Il aurait été introduit en France par les populations d'Alsace-Lorraine, régions historiquement perméables aux traditions d'outre-Rhin. Petit à petit, le lièvre est devenu lapin (plus mignon, avouons-le), et le lapin est devenu chocolat.
Aujourd'hui, le Lapin de Pâques est une figure commerciale et symbolique de premier plan. Les chocolatiers français rivalisent d'ingéniosité pour proposer des lapins en chocolat de toutes tailles, du minuscule bonbon à croquer en deux secondes au colosse de deux kilos que l'on contemple longuement avant de l'attaquer avec un marteau. Oui, un marteau. C'est ça, Pâques.
Le Lapin de Noël : l'outsider qui ne manque pas de culot
Mais voilà qu'un concurrent surgit des sapins enneigés : le Lapin de Noël. Moins institutionnalisé, plus discret, il s'est faufilé dans le calendrier festif français avec la subtilité d'un lapin dans un terrier — c'est-à-dire très efficacement.
Ses origines sont plurielles. D'abord, il y a la tradition des peluches de Noël : en France, offrir un lapin en peluche à un enfant pour les fêtes de fin d'année est une pratique aussi ancrée que les marrons chauds et le calendrier de l'Avent. Le lapin doux, câlin, rassurant, est LE cadeau de Noël idéal pour les tout-petits. Les chiffres de vente de jouets en décembre le confirment année après année : le lapin en peluche se classe invariablement dans le top 5 des cadeaux les plus offerts aux enfants de moins de cinq ans.
Ensuite, il y a l'influence des marchés de Noël alsaciens — encore eux, décidément — où des lapins en bois sculpté, en feutrine ou en porcelaine ornent les étals depuis des décennies. Le Lapin de Noël n'a peut-être pas de mythe fondateur aussi précis que son cousin printanier, mais il a quelque chose de puissant : l'omniprésence.
Le grand débat : à quelle saison appartient vraiment le lapin ?
Interrogez des Français autour de vous, et vous obtiendrez des réponses passionnées. Pour les uns, le lapin EST Pâques, point final. C'est le printemps, la renaissance, les œufs cachés dans le jardin, les cris d'enfants qui fouillent les massifs de buis. Pour les autres, le lapin de Noël incarne la douceur des fêtes hivernales, la chaleur du foyer, le parfum de cannelle et de vin chaud.
Certains puristes vous expliqueront, avec le sérieux d'un professeur en chaire, que mélanger les deux lapins est une hérésie culturelle. « Le lapin de Pâques apporte des œufs, il a une fonction ! » s'exclament-ils. « Le Lapin de Noël, lui, il est juste… là. » Argument implacable.
D'autres, plus œcuméniques, embrassent les deux traditions avec un enthousiasme communicatif. Pourquoi choisir ? La France est grande. Les lapins aussi.
Rituels, symboles et petits arrangements avec la tradition
Ce qui est fascinant dans cette bataille de lapins festifs, c'est la façon dont chaque tradition a développé ses propres rituels bien français.
Pour Pâques, il y a bien sûr la chasse aux œufs — et aux lapins en chocolat — dans le jardin, activité transgénérationnelle par excellence. Mais il y a aussi le rituel moins connu du « lapin de Pâques raté » : celui qu'on achète en promotion le lundi de Pâques, à moitié fondu, les oreilles cassées, vendu 70 % moins cher. Un classique national.
Pour Noël, le rituel du lapin en peluche glissé sous le sapin est tout aussi codifié. Il doit être doux (impératif), de préférence blanc ou gris (tradition oblige), et idéalement accompagné d'un petit nœud autour du cou. Ce nœud ne sert à rien, mais il est absolument indispensable. C'est ainsi.
Sans oublier les calendriers de l'Avent à thème lapin, apparus ces dernières années dans les grandes surfaces et les boutiques spécialisées, qui proposent vingt-quatre petites surprises lapinesques pour patienter jusqu'au 25 décembre. Le lapin de Noël a clairement décidé de s'installer dans la durée.
Et le lapin dans tout ça ?
Si on pouvait interroger le lapin lui-même — ce que nous ferions volontiers sur Planète Lapin — il nous répondrait probablement avec son flegme habituel qu'il se moque éperdument du calendrier. Printemps, hiver, peu importe : du moment qu'on lui offre quelques carottes et un peu de respect, il est partant pour toutes les fêtes.
Car c'est là le vrai secret de la longévité festive du lapin en France : sa polyvalence symbolique. Symbole de fertilité et de renouveau au printemps, incarnation de la douceur et du réconfort en hiver, le lapin s'adapte à toutes les saisons avec une grâce déconcertante. Il est à la fois l'élan joyeux du mois d'avril et la chaleur cocooning de décembre.
Verdict : match nul, et c'est tant mieux
Alors, qui gagne ce duel au sommet ? La réponse, décevante pour les amateurs de classements tranchés mais réjouissante pour les amoureux des lapins, est : les deux. Le Lapin de Pâques et le Lapin de Noël ne sont pas des adversaires, ce sont des complices. Ensemble, ils s'assurent que le lapin n'est jamais bien loin dans le calendrier festif français, qu'il s'agisse de mordre dans une oreille en chocolat en avril ou de serrer une peluche contre soi en décembre.
Et quelque part, dans un terrier imaginaire situé entre le jardin de Pâques et le pied du sapin de Noël, un lapin très satisfait de lui-même contemple son empire festif et sourit. Parce que oui, les lapins sourient. Sur Planète Lapin, on en est absolument convaincus.